Depuis quelques semaines vous voici à la Direction de la SNCF.
Vous êtes un fan de la boîte, un accro comme on dit.
Plongé dedans quand vous étiez petit vous en rêviez la nuit.
Eurostar c'est votre bébé, un bébé de plusieurs
millions : un vrai succès !
Du boulot, vous n'allez pas en manquer ces prochaines
années : les retraites, la concurrence, les syndicats, le FRET !
Vous voulez être proche des salariés, nous voulons être plus
proche de vous.
Casser les frontière, rompre les principes, pouvoir taper à
votre porte avec une tasse de café et « une question à vous poser », « un
conseil à vous demander »
Aors voilà, si vous aviez quelques minutes à m'accorder je vous poserai
cette question qui nous trotte dans la tête depuis plusieurs années en banlieue
parisienne: « qu'allons nous devenir quand les NAT seront là ? »
Personne ne sait. Personne ne veut nous répondre. Personne
ne veut savoir.
C'est un colis piégé que tout le monde se refile. Une bombe
à retardement.
Nous on attend. Enfin quand je dis « nous », je
dis « eux » parce qu'à raison ou à tord je ne vous attendrai pas.
Je n'attendrai pas une décision prise à la hâte, une lettre
imprimée à 1000 exemplaires pour nous annoncer qu'après mures réflexions la Direction nous propose
la porte (la concurrence) ou une filière à « mets ta main là ou je
pète » ou à « outsipou les bains de pieds ».
La peste ou le choléra, je ne sais pas... c'est quoi le moins pire? Le moins douloureux? Par devant ou par derrière?
Mais ça nous fait mal de penser à partir. Ça nous fait ch….
Parce que ce métier, à la base, on l'aime.
Je ne vous parle pas du travail de banlieue, qui à mon sens
n'est pas un travail, je vous parle du métier pour lequel nous avons signé il y
a de nombreuses années.
Ce travail qui malheureusement pour beaucoup est devenu « alimentaire »
parce que nous ne sommes plus motivés, parce que pour certains de la Direction nous sommes des bons à rien, des bêtes, des ahuris.
Je ne vous raconte même pas ce que j'ai pu entendre dans les
trains de la bouche des voyageurs.
Voilà Monsieur le Directeur ce que j'avais à vous dire.
Si un jour vous passez par la banlieue je serais heureuse de vous
demander conseil... moi c'est sans sucre avec un nuage de lait.
A la SNCF il y a tellement de
salariés –une des plus grosses entreprise de France- qu'il faut des managers,
des chefs d'équipes, des chefs de service…
Ces
mêmes Managers ont eux-mêmes des managers, qui ont eux-mêmes des managers etc.
Souvent on arrive au RRH (Responsable Ressources Humaines) et souvent pas par
un raccourci !
Il y a
un tas de strates avant d'arriver au DG ! Toutes plus compliquées les unes
que les autres. Et surtout en continuel changement.
Tous
les chefs changent de poste tous les trois ans… comment voulez-vous bien
manager ?
Impossible
de s'y retrouver.
Il y a
aussi des adjoints, des bras droits, des sbires, des placards…
Par
exemple chez nous il y a une commande (=planning) géré par un Responsable qui
est géré par un autre Responsable. Jusque là, normal.
Il y a
aussi l'équipe qui s'occupe des congés et des prévisions mais qui n'a pas le
même Responsable que l'équipe planning, en revanche elle a comme Responsable,
le Responsable du planning.
Oui
c'est dingue !
C'est
sur qu'il faut du personnel pour gérer tout le monde sinon le chef de mon chef
serait débordé… j'ai envie de vous dire que ça le changerait ! Surtout que
le D.U.O (Directeur d'Unité Opérationnelle = le chef de mon chef) a un
adjoint !!
Ceci
dit, je me passerais bien de mon chef… en fait, tout le monde se passerait bien
de son chef !
Parce
que je suis très autonome et lorsque j'ai besoin d'un renseignement je l'ai
toute seule : je ne suis pas timide, je sais composer un numéro de
téléphone, et nous avons intranet.
Parce
que pour me motiver, il y a mon mari. Mon chef quand je lui dis que j'en ai
marre il me répond : « Tout le
monde en a marre »
Parce qu'il
passe trop peu de temps avec moi (nous, son équipe) : 1 heure tous les six
mois (accompagnement terrain), 4 heures tous les trois ans (=examen
sécurité) et on ne peut pas appeler cela faire connaissance avec son agent.
Avec
ce peu d'accompagnement on ne peut pas voir évoluer le travail de son agent,
voir ses progressions ou ses points faibles et on ne peut pas lui attribuer une
prime à la fin de l'année.
Mon
chef je ne le vois jamais en situation perturbée, un soir de semaine pour m'accompagner
ou bien un samedi ou un dimanche.
Mon
chef me voit une fois dans l'année, mets des notes dans des cases pour m'évaluer
et me donne un agenda de poche en décembre. Et hop, trois ans après je change
de chef !
Si je
n'ai rien à lui dire il ne me dira rien.
Si je
n'ai rien à lui demander il ne me demandera rien.
Mon
chef, il fait des fautes grosses comme lui quand il parle et ne mets jamais de
virgule.
Mon
chef il a oublié qu'avant d'être chef il était comme nous, dans la merde.
Le 25 janvier dernier trois gendarmes qui poursuivaient un délinquant ont été percutés par un train.
Je suis très peinée par cet accident.
Je pense aux deux agents de conduite qui ont à eux deux tué 4 personnes.
Les gendarmes s'étaient engagés sur la voie pour tenter de secourir le fuyard.
Je souhaitais préciser quelque chose de très important concernant cette affaire:
-les gendarmes n'avaient pas à risquer leur vie pour essayer de sauver quelqu'un percuté dans sa voiture et balayé par le train 300 mètres plus loin. -même si un train est passé, ils auraient dù attendre l'ouverture complète des barrières qui leur assurait qu'aucun train croiseur n'était à l'approche.*
NE VOUS ENGAGEZ PAS SUR UN PASSAGE A NIVEAU AVANT L'OUVERTURE COMPLETE DES BARRIERES
NE PASSEZ PAS EN CHICANE AUX DEMI BARRIERES, UN TRAIN ROULE TRES VITE.
SI UN FEU ROUGE SUIT LE PASSAGE A NIVEAU, NE COLLEZ PAS LA VOITURE QUI VOUS PRECEDE AU RISQUE DE RESTER ENGAGER SUR LA VOIE; VOUS N'AURIEZ PEUT-ETRE PAS LE TEMPS DE SORTIR ET DE SORTIR VOS ENFANTS... ATTENDEZ TOUJOURS EN AMONT DU PN.
N'HESITEZ PAS A DECROCHER LE TELEPHONE SNCF A PROXIMITE DU PN SI VOUS CONSTATEZ QUELQUE CHOSE D'ANORMAL... IL EST LA POUR CA.
UNE PERSONNE EST TUEE OU BLESSEE TOUS LES JOURS EN FRANCE DANS LES ENCEINTES DE LA SNCF...
SOYEZ PRUDENT
*la fermeture des barrières d'un passage à niveau est automatique. A quelques mètres du PN le train accionne une pédale qui déclenchera la fermeture du PN. L'ouverture ne se fera pas avant le passage du train sur une autre pédale.
Le service minimum est désormais
obligatoire à la SNCF.
Mais vous savez, il existait déjà.
Et oui la Direction connait à peu
près le nombre de conducteurs qui ne fait jamais grève, y ajoute une marge d'erreur
–ou de surprise- à plus ou moins XX% et prévoit des cadres de la traction pour
palier au manque de dernière minute... Exactement pareil chez nous à l'établissement
commercial.
Ensuite si le trafic prévu était
perturbé c'était bien souvent à cause d'actes de malveillance dans les trains,
sur les voies, etc.
Alors qu'est-ce qui a changé
véritablement depuis le 1er janvier 2008 ?
Une loi qui stipule qu' « en
cas de grève, les salariés (…) informent, au plus tard 48h avant de participer
à la grève, par une DII, le chef d'entreprise ou la personne désignée par lui
de leur intention d'y participer ».
Juste le calcul savant fait
48heures à l'avance pour communiquer aux usagers les trains qui rouleront
pendant les perturbations.
A partir de quoi est fait le
calcul de la Direction ?
En fait on nous a remis à tous
une feuille la DII
(Déclaration Individuelle d'Intention) sur laquelle ceux qui décideront de
faire grève inscriront leur nom et prénom et remettront au planning.
La différence avec la RATP c'est qu'à la SNCF ceux qui travailleront
ne percevront pas de prime.
Et est-ce qu'on peut espérer une
baisse du taux de grévistes ?
Peut-être ceux qui oublieront de
remettre leur DII dans les temps !
Sinon ce n'est pas la loi du
service minimum qui réduira les grèves à la SNCF et son taux de participants mais… les OS et
sont manque de charisme au moment de la remise en cause des retraites.
Avant, on avait peur du contrôleur : on avait la chaire
de poule rien qu'à le voir passer dans les voitures.
On regardait une bonne dizaine de fois tous ses billets pour
voir si on avait bien tout composté avant de monter dans le train. La sueur
perlait sur les fronts quand il s'agissait de lui demander le moindre
renseignement.
Le contrôleur était le mettre à bord, le loup blanc du rail.
Les temps ont bien changé…
Parce qu'on porte l'uniforme, on peut se dire qu'on ne
craint rien... FAUX ! Même pas un gilet
pare-crachat, ou pare-conasse. En
tout cas, pas le mien.
Assermenté, on représente une certaine autorité...
CONNERIE ! On est autorisé à mettre un PV, on à le droit d'inviter quelqu'un
à descendre du train et puis BASTA ! Et si le voyageur veut pas descendre,
hormis appeler un comité d'accueil, c'est tout ce qu'on peut faire !
La casquette vissée sur la tête personne n'oserait nous
défier sur quoique ce soit… ALLONS BON ! ET surtout
tu es bien gentil avec le contrôleur aujourd'hui…
Certaines de mes collègues ont fini leur journée au
commissariat ou à l'hôpital.
Une collègue de Toulouse, violée dans un TER.
Une autre du réseau sud-est, défenestrée d'un TGV.
Une troisième agressée à Paris en se rendant dans un dépôt.
Encore une autre dans un Transilien par une cliente
détentrice d'une carte sénior, griffée au visage…
Suivante !
Bien sûr, mes collègues contrôleurs ne sont pas épargnés.
Pour nous protéger nous avons officiellement les signaux
d'alarme, l'interphonie avec le conducteur, et notre téléphone portable. Mais
il faut pouvoir accéder à ces systèmes à temps !
Officieusement nous avons entre autre la flexion du genou
vers les parties vitales masculines, les ongles et les dents.
Et puis régulièrement, on nous fait une piqûre de rappel de
nos limites juridiques et notamment la loi sur la légitime défense. La Direction ouvre son
parapluie.
Le plus ironique, c'est que mes collègues de brigades de
contrôle qui sont cinq en moyenne -alors que je suis seule tous les jours-
disposent d'un bipper d'alerte.
Ils sont plus exposés que nous il parait. C'est vrai qu'ils rapportent plus, alors il faut les
bichonner.
Il y a deux semaines, une jeune étudiante a été poignardée
dans le train.*
Son assassin a été retrouvé. Cheminots nous avons été très
touchés par ce drame.
Pour ne plus revivre ça, soyons vigilants.
Voici quelques conseils :
-rapprochez vous de la cabine de conduite le matin tôt ou le
soir très tard à fortiori s'il fait encore noir.
-repérez le signal d'alarme le plus proche.
-installez-vous là où il y a du monde. Si la voiture se vide
sur le parcours, changez de voiture.
-ne fixez pas les gens qui vous entourent, ils pourraient se
sentir agressés.
-ne téléphonez pas dans le train, on peut être tenté de vous
le chiper.
-n'ouvrez pas votre sac dans le train.
-ne vous isolez pas, si vous ne pouvez pas vous sauver.
-n'oubliez pas que le cri est un excellent moyen d'alerter
et de dissuader l'agresseur.
*Il me semble que les parents de cette jeune femme n'ont pas
brûlé de trains de colère, n'ont pas tabassé mes collègues, n'ont pas mis le
feu aux infrastructures, aux tribunaux (l'assassin est un récidiviste) et
pourtant la douleur est la même…
Un syndicat
est une association de personnes qui a pour but de défendre les intérêts
professionnels et économiques de ses membres (employés, ouvriers, cadres,
patrons, professions libérales). Le syndicat cherche à faire aboutir des
revendications en matière de salaires, de conditions de travail, de
prestations sociales... Dans les pays capitalistes, les syndicats
peuvent être classés en plusieurs grandes tendances : syndicat de collaboration,
réformiste ou révolutionnaire, avec, en particulier, l'anarcho-syndicalisme.
Associations d'entraide
et de secours mutuels à l'origine, les syndicats sont apparus en
France au XIXe siècle. Perçus avec hostilité ou simplement tolérés par le patronat
et les gouvernements, les syndicats ont aussi parfois été violemment réprimés,
notamment après la
Commune. Leur reconnaissance officielle n'intervient qu'en
1884 avec la loi Waldeck-Rousseau.
Quand je suis entrée à la SNCF j'ai été très marquée par le poids des
syndicats.
En effet, ils sont très attentifs au traitement des jeunes
embauchés. J'ai été particulièrement malmenée par ma chef durant ma première
année de formation et ils ont su me défendre bec et onglespour ne pas qu'une sanction apparaisse dans
mon dossier pour motif : « ne
fait pas assez de billets dans le train ».
C'est grâce aux OS que nous avons (avions) des avantages.
Pour ce qu'il nous reste, je leur dis merci.
Malheureusement ils
ont aussi des côtés (trop) négatifs.
Le problème des OS
c'est :
-qu'ils défendent –des
fois- les causes perdues ou l'indéfendable,
-transforment la vérité d'un fait pour que les cheminots se
retournent contre la
Direction,
-qu'ils ne sont pas foutus de casser un projet de roulement
et de négocier autre chose qu'un aller/retour au dépôt,
-et ensuite se dire capable de sauvegarder nos 37,5
annuités,
-ne veulent pas négocier de tickets restaurant comme dans
les autres régions, tout ça pour garder une cantine… qu'importe si elle coute
une fortune au CE ! (Au détriment de voyages, cadeaux de Noël etc.)
-n'est pas foutu de proposer une crèche d'entreprise à la
place d'une cantine,
-que les dirigeants qui sont censés vous représenter peuvent
-au nom des autres employés- signer des accords avec la direction… ou ne pas en
signer !
-sont trop de gauche, trop rêveurs...
Les délégués sont
de véritables privilégiés :
-ont plusieurs journées vacantes dans l'année pour des
réunions –donc roulent rarement,
-ont les postes au Comité d'Entreprise,
-ont les places dans les roulements « soleil et
plage » j'entends par là les roulements sociaux alors que vous, vous
faites la p*te pour avoir un riquiqui accord du planning qui tient à l'humeur
de l'agent.
-ont les places au Conseil d'administration.
-gueule sans arrêt sur la boîte qui est ci ou qui est ça… pas assez comme-ci ou pas assez comme-ça.
-les voyages en train: des dispenses de réservation et 90% de ristourne pour conjoint, ascendants et descendants. Encore faut-il aimer voyager en train! Accessoirement, -la retraite à 60 ans : c'est nouveau ça vient de sortir!
et puis... c'est tout!
-pour des congés de fin d'année, nous sommes aujourd'hui le 03 décembre et je n'ai toujours pas de réponse! "pas sûr que je te les autorise pour toute la période demandée /.../il faudra que tu les prennes peut-être hors période scolaire" Avec deux enfants scolarisée, il va falloir reccupérer le retard des devoirs! Ne pas prévoir un long et beau voyage car le prix des billets et des locations passe du simple au double plus on se rapproche de la date du départ! Et pas sûr qu'on me donne la réponse suffisamment à l'avance en janvier; et rebelotte en février!
-fête de fin d'année: travailler obligatoirement ou le jour de Noël, ou les 24/25 ou 31/01pour un découcher dans un foyer miteux! Se sacrifier d'une des deux fêtes pour pouvoir envisager une escapade en avion... (voir plus haut)
-les découchers, environ 4 à 6 par mois -voir plus- dans des foyers ou à l'hôtel...
-les rêveils vers 03h ou les nuits blanches -couchettes- les couchers vers 03h ou les découchers de jours...
-travailler samedi, dimanche ou les deux, les jours fériés.
-ne pas pouvoir se dire "ça y est c'est midi, vite filons à la cantine!!" parce qu'on travaille non stop de 06h à 13h30 sans avoir le temps d'acheter un sandwich convenable ou faire réchauffer sa gamelle...
-ne pas pouvoir manger tranquillement dans son coin, au calme. Mais avec les voyageurs entre deux arrêts!! (-éviter la salade dans les dents; éviter de sourir donc)
-ne pas cautiser pour le chômage et en même temps ne pas se faire virer.
-travailler dans des conditions pas toujours évidentes et assumer l'uniforme que l'on porte...
Aujourd'hui avec tous ces avantages j'ai une paye moyenne* puisque je touche environ 1300 euros net.
Euh, quelqu'un peut-il me dire se que je fais encore ici?
Je suis cheminote depuis
presque 8 ans. Une jeune, et pourtant pas tant que ça.
Peu diplômée, la SNCF ma offert un emploi et
la sécurité de cet emploi et la retraite à 55 ans.
Monsieur le Président,
cheminot, vous seriez aujourd'hui retraité.
J'ai un travail fatiguant et
en adéquation avec une vie de famille. Pour preuve, 80% de mes collègues agents
de conduite sont séparés ou divorcés.
Et vous êtes bien placé pour me
confirmer que l'absence dun des deux parents du foyer peut-être fatal pour son
couple et sa famille.
Quand vous avez annoncé une
réforme des retraites des régimes spéciaux, j'ai grincé des dents.
C'est quoi cette
réforme ? Ca veut dire quoi en fait ?
Voyez vous, en tant que
femme, partir à 55 ans, ce nest vraiment pas du luxe.
Aujourdhui me lever à 04h30
et me coucher à 22h30 (je ne vais pas me coucher à 17h mes enfants ne
comprendraient pas) est tout à fait gérable physiquement, logistiquement et
psychologiquement. Mais dans 10 ans ? 20 ans ?
Et partir samedi pour revenir
dimanche ? Partir travailler le jour de Noël ?
Evidemment je pense à faire
autre chose, travailler dans un bureau ? Renoncer en fait. Vous ne verrez
donc plus de femme dans les trains, dommage non ?
Première idée :
Les femmes partiront à 55 ans
si elles ont « roulé » 10 ans minimum.
Demandez aux cheminots ce quils
préfèrent : travailler plus longtemps ou cotiser plus ?
Je peux vous dire que vous
aurez une large majorité pour la seconde proposition.
Je suis prête aujourdhui à
cotiser le double et d'avoir la certitude de partir avant 60 ans. Tenez, s'il
le faut ne me remboursez plus mes médicaments ! Prenez la moitié de mon 13e
mois ! Gardez mes RTT !
Seconde idée :
Amputer son 13e
mois
Ne plus être remboursé pour
ses médicaments
Sacrifier ses RTT
Je sais que nos retraites
coûtent une fortune à l'Etat et aux Français. Mais je suis révoltée comme
beaucoup des abus, des fraudes à la
Sécurité sociale, aux Allocations familiales ! Du pognon
qu'on gaspille pour le défilé du 14 juillet Tenez les résidences des
ministres, des voitures de fonction !
Je n'ai fait grève qu'une
journée. Marquer le coup, mais trop fatiguée. Las... pas envie de me battre.
Je n'ai pas les moyens de
payer une nourrice agréée pour garder mes enfants après lécole, je n'ai pas
les moyens de manifester et perdre le tiers de ma paye.
Je ne peux pas me permettre
de jouer mon loyer aujourd'hui pour une retraite demain. Et c'est ridicule !
Parce que ceux qui sont dehors aujourd'hui perdent de l'argent pour moi. Elle
est belle la solidarité!
Mais non, je viens travailler
parce que je me dis que si on ne vous fait pas confiance, si je ne renonce pas
à lâge de mon départ à55 ans, cest ne
pas croire en ce bulletin que j'ai mis dans une enveloppe le 22 avril et le 6
mai dernier. Celui qui portait votre nom !
Pierre, Séverine ou Jacques,
tous cheminots, avec des projets différents, des plans de carrière différents
des envies, des idées !
Il faut un plan de départ
individuel, personnel selon nos besoins futurs, nos moyens d'aujourdhui !
Monsieur le Président de la République je ne vous
demande pas de renoncer à la réforme, je vous demande de mécouter de nous
écouter.
S'endormir avant la fin du JT
de vingt heures, se réveiller avant William Leymergie.
Envisager une nuit à l'hôtel,
chez une amie ou au travail.
Envoyer quelqu'un chercher
les petits à lécole, à la garderie ou chez la nounou.
Faire ses courses sur
Internet ou charger l'aîné au Franprix le plus proche.
Poser des RTT, puiser sur ses
congés d'hiver ou d'été, être en maladie.
Marcher, courir, rouler ou
pédaler.
Annuler ou décaler ses
rendez-vous, entamer son agenda 2008.
Penser aux congés, le ski à
Noël, la plage cet été, se dire « vivement »
Acheter un livre au Relay H
de la gare, le prix Renaudot « Chagrin d'école » ou le prix Goncourt « Alabama
Song »
Se dire que dans quelques
années, la réforme des retraites ce sera au tour du privé.
Penser aux cheminots qui sont
là aujourdhui, qui ont galéré pour venir travailler, a qui on ne dit pas merci,
que la Direction
ne viendra pas féliciter, mais qui retrouveront leurs pneus crevés, leur boîte
à lettres brûlée.
A qui on prendra le sac pour
empêcher de travailler, qu'on insultera de « capitalistes » « traitres »
et qui de longues semaines seront mis hors jeux par leurs collègues.
Nous avons un employeur, un
conjoint, des enfants, une vie de famille.
La galère, non grévistes, nous la vivons
également.
Je sais c'est un sujet... difficile, compliqué! Je sais que vous cotisez surement plus que moi, plus longtemps pour avoir moins... Je sais que vous trouvez notre attitude -je parle au nom de tous les cheminots- malsaine et profondément égoïste, Je sais que notre travail n'est plus aussi difficile qu'avant.
Je suis rentrée à la SNCF principalement pour pouvoir en partir à 55 ans avec la sécurité de l'emploi. Bé oui, ni pour le salaire (1200 brut), ni pour me lever à des heures inhumaines (03h30, le score).
J'ai calculé ce matin ma retraite avec ce que je devais avoir et ce que j'aurais.
Comme à dit Monsieur Sarkozy c'est vrai que je gagnerai plus en travaillant plus... enfin, plus longtemps. A 55 ans et deux mois je devais partir avec 4160/trimestre brut, soit 1386,66 brut /mois. (1086,66 net)
Si je souhaite partir à 55 ans -quand même- j'aurai 1083 brut (800 net) ---------> -200¤
Si je pars à 60 ans, je partirai avec 4910/trimestre soit 1636,66 brut... 1400 net!
C'est clair, partir à 60 ans avec 1400 c'est plus confortable qu'avec 800... Mais quels projets aurai-je à 50 ans? Quels seront ceux de mes 55 ans?
N'est-il pas possible de négocier plus chaque mois et conserver notre age de départ? Au prorata de notre salaire? Avec une caisse complémentaire? Puisque c'est ceci qui nous importe le plus: l'âge de départ, Monsieur Sarkozy s'il vous plait négocions!
Pas question d'y mettre un petit cadre, plante verte ou téléphone filaire. (Risque élevé de vol)
En revanche on peut s'y mettre à plusieurs comme dans tous les bureaux pour papoter ou échanger (se bastonner?) Certains prennent la liberté d'y fumer une cigarette ou un pétard. D'autres y laissent leur bouteille de Villageoise ou y font pipi.
Dans mon bureau il y a très souvent du chauffage et toute l'année!
Dans mon bureau il y a toujours ce petit bruit aigu très stressant et qui donne mal à la tête, qui vient de la salle des moteurs. (C'est le bureau d'à côté)
Dans mon bureau je mange mon sandwich, je bois un peu d'eau, je défends l'entreprise bec et ongles...
Mon bureau est ouvert à tout le monde, alors si vous m'y voyez n'hésitez pas, entrez.
Pour poser congés, nous devons remplir un formulaire: nom, prénom, matricule, grade, dates de congés.
Jaimerais poser quelques jours au mois de décembre: mon voyage de noce, un voyage en famille... loin!
Pour cela jai posé début octobre : 2mois et demi avant
c'est largement raisonnable, croyez pas ?
Malheureusement c'est en pleine période de changement de
service*.(*En juin commence le service dété, en décembre le service
d'hiver: on en profite aussi pour faire monter les tarifs!)
Les horaires changent, la circulation sadapte en fonction
des vacances, des jours fériés etc.
Donc, nos roulements (banlieue, TER, Corail Intercité, TGV)
changent.
Il y a aussi Noël et Nouvel An. Cette année on nous a
demandé de choisir de travailler ou bien à Noël, ou bien à Nouvel An donc soit
découcher le 24 décembre loin des enfants soit
découcher le 31 loin de la famille et des amis.
Jai posé congés en octobre pour 15 jours: du
25 décembre 2007au 09 janvier 2008.
Mes dates de vacances sont choisies en fonction des enfants,
des congés du conjoint et du prix des billets davion.
Comme je nai AUCUNE assurance de lobtention de ces congés
je nai pas réservé lavion.
Jattends davoir dabord mes congés, je réserverai ensuite.
Nayant aucune nouvelle 1 mois après ma demande et un mois
et demi avant léchéance jai appelé ce matin la personne qui pense, mange et
parle congés huit heures par jour.
Histoire de lui faire comprendre que je ne pars pas chez
tante Berthe à 200km pour les fêtes, mais vais dépenser près de 3000 de billets pour 10 jours de vacances
et que si je ne me dépêche pas il ny aura plus de place dans lavion !
«-tu pourras me donner une réponse quand, pour mes
congés ?
-pas avant décembre.
-ouah ! Mais jai quatre billets davion à acheter,
comment je fais pour planifier 15 jours avant ?
-ouais je sais, mais tu comprends ya le nouveau changement
de service en décembre, et temps que les roulements sont pas finis, je ne peux
pas te donner de réponse
-hmm...
-et puis, il y a les fêtes de fin dannée, il faut faire
avec les demandes de tout le monde.
-bon ben je te contacte très vite. » Voilà. J'avais les boules après avoir raccroché... Je faisais pas la fière.
Après tout, je ne suis pas obligée de partir, hein?Je vais rester chez moi, dans mon HLM et garder mes congés en stock, p't'être bien qu'ils vont doubler d'ici janvier 2008??
Mais si je nutilise pas mes congés, on va me demander de
les poser quand ça ne va pas marranger ou bien mes les imposer !
Et oui parce qu'on NOUS IMPOSE les choses: jeudi 1er novembre je devais travailler (donc gagner plus car jour férié)
et lavant-veille on ma imposé mon F8 (Férié 1er novembre).On avait pas besoin de moi... et pour éviter de me faire venir pour rien on m'a obligé à rester chez moi. Forcément on m'a dit qu'ils avaient droit de le faire... FAUX!
Pourquoi nous contrôlons -je contrôle- dans les trains?
Parce que tout le monde doit payer sa participation à la SNCF pour son transport d'un point A au point B.
Le billet que vous achetez contribue à payer l'ensemble des personnes
et (et d'autres encore, de l'encadrement ou de l'éxecution) et des installations...
-l'électricité à EDF(ou le gazoil à Total ou...), -le conducteur qui vous emmènera du point A au point B, -la permission de rouler à RFF (Réseau Ferré de France), -le contrôleur* (ou non sur certaines rames), -les agents caténaires (électriciens fils électriques, feus tricolores sur les voies) -les agents de voies (les rails, le balaste, les aiguilles, élagage...) -le gars du poste, -le Régulateur (organise et dirige les circulations) -l'agent de manoeuvre* (qui a conduit le train en gare), -la personne chargée du ménage dans le train, -l'agent à l'atelier qui entretien le train, -l'agent d'accueil* dans la gare, -l'agent* qui a vendu le billet au guichet (ou à l'autre bout du téléphone, ou en boutique)
La lutte contre la fraude est un cheval de bataille pour la SNCF. Les moyens de frauder sont multiples:
-le jeu du chat et de la souris dans les trains, -les faux billets et fausses cartes de réduction, -le passage en force aux CAB (Contrôle Accés Banlieue), -"oups, j'ai oublié d'acheter un billet!" -"oups, je savais pas, c'est la première fois que je prends le train", -le passage à tabas du contrôleur, -le signal d'alarme, etc...
Je suis contrôleur à la SNCF, ou plutôt A.s.c.t (Agent du service commercial train)
En banlieue on nous appelle "siffleur". Pourquoi? Parce qu'on siffle sur le quai pour avertir les voyageurs de la fermeture imminente des portes. Sur une journée de 06 heures* -c'est une moyenne en banlieue, jusqu'à 11heures en province- je ne fais que ça: je siffle et je donne le départ du train. Sur un aller Paris-Valmondois je monte et descends du train, je regarde ma montre, je siffle 15 fois... il y a 15 arrêts. Forcément il y a le retour: +15!
Voilà.
Derrière ce geste anodin se cache évidemment des règles de sécurité. Et au-delà de ces règles de sécurité je sais contrôler des billets, renseigner des voyageurs, veiller à leur confort... mais en banlieue je fais rien de tout cela!
Forcément je suis devenue plutôt sauvage et mon travail n'est pas passionnant en banlieue. Mais comme tous les boulots, il paye le caddie du supermarché, le loyer, les charges...
Je suis râleuse comme tous les cheminots. *J'aime: mon entreprise, ses produits, sa communication... mes collègues mon uniforme mes avantages contrôler les trains de grandes lignes et TGV (deux fois en huit ans) renseigner les voyageurs sur des horaires la possibilité de monter en grade la diversité des professions
*J'aime pas: mes collègues les trains de banlieue en inox (vrai nom: eab ou 6100) me lever à 04h30 l'uniforme (attire les ra^leurs comme un aimant) les découchers (4 à 6 par mois) être seule dans les trains de banlieue après 22H porter la casquette en banlieue le CE dirigé par un syndicat travailler le week-end l'encadrement qui change (trop) souvent les grèves
Je suis à la SNCF depuis huit ans et je partirai dans 32 ans.
*6 heures sans pause déjeuner, pipi-caca, éventuelle cloppe...